Stockholm à la carte – Guide pratique de la capitale suédoise

L’adaptation Bande Dessinée de la trilogie Millénium.

Après les films suédois, la version américaine, la balade Millénium, voici une adaptation de la célébrissime trilogie dans un format plutôt original : le roman graphique, qui sera en français ! Le 1er tome sera disponible en France en 2013 aux éditions Dupuis.

La planche 1 de Millénium

La planche 1 de Millénium – © Runberg/Homs/Dupuis – cliquer pour agrandir

L’auteur – Sylvain Runberg

Le scénario a été écrit par Sylvain Runberg, un français qui vit entre Stockholm et Paris depuis une dizaine d’années et est l’auteur de célèbres albums dont « Face Cachée », avec Olivier Martin, « Les Colocataires », avec Christopher ou encore « Orbital », avec Serge Pellé.

Rencontre avec Sylvain qui m’a décrit la naissance de la Bande Dessinée Millénium qui s’annonce très prometteuse !

Pour cette BD ta démarche pour écrire le scénario a-t-elle été différente puisque tu partais d’un support déjà défini – la trilogie –, par rapport aux autres BD que tu as réalisées ?

SR : Effectivement, dans le cadre d’une adaptation, l’approche de départ est différente. Normalement, je propose un script de ma création aux éditeurs, avec un résumé, une présentation des enjeux du récit, des personnages principaux et de l’univers, un synopsis, et s’ils sont intéressés, nous partons en recherche d’un illustrateur qui pourrait convenir. Dans le cas d’une adaptation de roman, on part forcément de personnages et d’un univers déjà existants, en essayant de se les approprier pour en faire quelque chose de nouveau, puisqu’on parle bien d’adaptation, pas d’un simple copié collé qui n’aurait aucun intérêt, ni pour l’auteur, ni pour le public. Le tout en respectant l’esprit de l’histoire déjà existante. Et c’est là où se situent la difficulté et l’intérêt de ce type d’écriture. Proposer quelque chose de neuf tout en respectant les éléments qui font l’originalité du récit qu’on adapte.

Pour l’adaptation de Millénium, as-tu été choisi car tu vis à Stockholm ?

SR : Le fait que je connaisse bien l’environnement géographique et culturel de la trilogie de Stieg Larsson, la Suède et Stockholm donc, a effectivement joué en ma faveur. Mais j’avais déjà parlé de « Millénium » aux éditions Dupuis il y a trois ans de cela, leur disant qui je serais vraiment partant pour une adaptation en Bande Dessinée, que j’avais des idées, des pistes. A l’époque, ils n’avaient pas vraiment entamé de négociations pour l’achat des droits, mais quand ça c’est fait, plus tard, ils ont dès le départ pensé à moi. Je ne l’ai su qu’un an après le début des négociations, quand tout a été finalisé avec l’agence Hedlund, qui représente les ayant droits de Stieg Larsson. J’étais en vacances, pendant l’été 2010, lorsque mon éditeur m’a appelé : « on a quelque chose à te proposer : veux tu adapter « Millénium » en Bande Dessinée ? ». Et j’ai évidemment accepté. Ensuite, j’avais déjà publié plus de 30 livres et parmi eux deux thrillers se passant en Suède de nos jours, «Les Chemins de Vadstena », avec le dessinateur Thibaud de Rochebrune aux éditions Soleil, et un titre à paraître aux éditions Dupuis cette année, « Interpol Stockholm » avec l’illustrateur suédois Peter Bergting (qui a travaillé avec le romancier Jens Lapidus, l’auteur de « Snabba Cash » sur une BD intitulé « Gangkrig 145 »). Pour le reste, mes études d’histoire politique, pendant lesquelles j’ai notamment travaillé sur l’extrême droite, un sujet qu’a longuement traité Stieg Larsson en tant que journaliste, ont pu aussi jouer en ma faveur j’imagine. Et pour avoir régulièrement suivi l’évolution du projet, les personnes de l’agence Hedlund nous ont dit être très contentes de ce qu’elles voient de notre adaptation. C’est aussi très motivant.

As-tu cherché à t’immerger complètement dans l’univers de Millénium ? (en regardant les films, l’adaptation pour la télé, maintenant le film de David Fincher, en allant sur Södermalm etc ?)

SR : Quand je suis à Stockholm, c’est la plupart du temps dans Söder que je me trouve, notamment aux environs de Götgatan. De fait, une partie de l’univers de « Millénium » correspond à mon quotidien, puisqu’autant Lisbeth Salander que Mikaël Blomkvist ont leurs appartements, leurs bureaux ou leurs habitudes dans ce secteur de la ville. J’étais donc déjà bien immergé. Pour ce qui est de l’adaptation, je pars des romans. J’ai évidemment vu les différents films et téléfilms mais c’est pour m’assurer que notre version serait différente de ce qui a déjà été fait en termes d’adaptations.

As-tu choisi de mettre en valeur certains passages et de laisser de côté d’autres choses ? Prends-tu certaines libertés par rapport à la trilogie ?

SR : Ce que je suis avant tout, c’est la psychologie donnée par Stieg Larsson à ses personnages, notamment ceux qui sont pour moi la colonne vertébrale de la trilogie, Lisbeth Salander, Mikael Blomkvist et Erika Berger. Et c’est sur eux que je concentre mon récit. Les intrigues générales restent les mêmes, mais on va retrouver ces personnages dans des situations vraiment inédites, surprenantes, même si elles restent en lien direct avec l’identité des personnages de Stieg Larsson. Ça rejoint ce que je disais tout à l’heure. Il faut qu’une adaptation donne une vision nouvelle du récit d’origine, autrement, ça n’a pas d’intérêt pour moi.

Pour ta démarche tu dis que tu démarres avec un personnage. Est-ce que (comme Stieg Larsson) tu t’inspires de personnes réelles, de gens que tu connais ? Tes personnages sont-ils complètement imaginaires ?

SR : C’est variable. Mais en général, je m’inspire de contextes réels, qu’ils soient contemporains, autobiographiques ou historiques. Il n’y a pas plus puissant que le réel pour inspirer l’imaginaire.

Sylvain Runberg

Comment s’est passé le travail avec le dessinateur José Homs ? J’imagine que c’est un échange, tu lui donne tes notes et il commence à dessiner ? Ou bien dois-tu avoir tout écrit pour lui donner ton scénario ?

SR : De la même manière qu’avec tous les autres projets. Je commence par écrire un synopsis détaillé de l’histoire, puis je passe au découpage, page par page, case par case, avec description de chaque case et les dialogues des personnages. C’est assez similaire au script d’un scénario de film en fait, le dessinateur jouant en BD le rôle du réalisateur, celui qui met en image. Ensuite José me propose un storyboard, on en discute, et il passe à la page finale, encrée et en couleur.

Est-ce que tu dis au dessinateur j’aimerais bien voir telle chose, telle rue etc apparaître ici ?

SR : En BD, le dessinateur s’appuie sur le descriptif du scénariste pour savoir quoi illustrer, donc oui. Mais j’aime bien aussi laisser une marge de manœuvre à l’illustrateur. Si José veut ajouter des cases ou en réunir plusieurs pour améliorer la mise en scène finale, c’est évidemment possible du moment que ça sert au mieux la narration.

Avec le dessinateur José Homs avez-vous de l’influence l’un sur l’autre ? Ton scénario lui inspire-t-il une manière de dessiner, quand tu vois ses dessins cela te fait-il modifier ton scénario ?

SR : Pas de manière consciente en tous cas. Ou plus précisément, l’avantage avec José, c’est qu’il est le type d’illustrateur capable de tout mettre en image. Donc je ne me pose jamais la question de la difficulté que peut revêtir une scène à illustrer. Quels que soient mes choix, José saura le faire. C’est évidemment un énorme avantage.

Dans les bureaux que tu partages avec des designers à Stockholm, une planche de votre adaptation avait été exposée pendant la semaine du design à Stockholm, et dans celle-ci, on trouvait justement des meubles et des lampes réalisés par ces designers. Tu peux nous en dire plus, et est-ce que ça procède d’une démarche plus générale ?

SR : Dans le roman, il est dit qu’Erika Berger s’est aménagée un espace de détente dans les bureaux du magazine « Millénium » avec des meubles de son choix. J’ai donc pris l’option d’insérer des meubles réels de designers suédois actuels, pour apporte cette touche de réalisme qui me semble indispensable dans cette adaptation. Et il y aura beaucoup de détails de ce genre dans notre livre.

Dans le cas de cette adaptation, qu’est-ce que la BD apporte de plus par rapport aux romans ? Cette adaptation BD de Millénium, est-ce ta vision de Stockholm, de la Suède ?

SR : Une approche différente mais respectueuse des romans de Stieg Larsson, avec un fort lien avec la Suède actuelle, que ça soit d’un point de vue sociologique, culturel ou politique. De ce fait, ça sera par exemple très différent de l’adaptation cinéma de David Fincher, que j’ai beaucoup aimé au demeurant. Mais sa version de Stockholm a plus à voir avec une ville soviétique des années 80 que du véritable Stockholm, ce qui donnait d’ailleurs à son film ce cachet si particulier. Et offrir aux lecteurs d’autres points de vue sur les personnages principaux est l’un des moteurs de notre démarche, notamment en ce qui concerne Lisbeth Salander.

Quels sont les autres BD que tu as réalisé qui sont en rapport avec Stockholm  et avec la Suède ?

SR : Il y a donc ces deux thrillers contemporains que j’ai évoqué plus haut, « Les Chemins de Vadstena » et « Interpol Stockholm », à paraître cette année. Il y a aussi un récit historique/fantastique, « Hammerfall », avec l’illustrateur Boris Talijancic, en quatre tomes chez Dupuis, qui se passe au VIIIe siècle, et qui est d’ailleurs traduit en suédois par Albumforlaget, et un récit de Dark Fantasy, « Konungar », librement inspiré de la mythologie scandinave, avec l’illustrateur Juzhen, chez Glénat, dont le premier tome est paru l’année dernière et qui a connu un très bon accueil en France. Et je travaille aussi sur l’adaptation d’un roman de Karin Alvtegen pour les éditions Dargaud. J’ai déjà écris le synopsis du premier album mais nous sommes encore en recherche d’un illustrateur.

Quel est le temps de réalisation en moyenne d’une BD depuis les 1ères notes/esquisses jusqu’à leur parution ? (et pour la BD Millénium?). Y a-t-il plusieurs volumes ? Quand va-t-elle sortir en France ?

SR : C’est très difficile à dire. Une idée peut mettre plusieurs années à mûrir, ou se concrétiser en quelques heures, il n’y a pas de règle. Ensuite pour ce qui est de l’écriture proprement dite, je dirais entre 4 et 8 semaines pour un album de 54 pages, le dessinateur mettant lui ensuite ente 6 et 10 mois pour les illustrer, suivant la technique employée. C’est ce qui se passe pour notre adaptation de « Millénium », qui se fera en 6 albums de 62 pages, deux par roman, les tomes 1 et tomes 2 sortant en France en 2013, les 3 et 4 en 2014 et 5 et 6 en 2015.

Est-ce quelle va être vendue en Suède ?

SR : Ce n’est pas moi qui m’occupe des cessions de droit mais mon éditeur et l’agence Hedlund. Je sais que lors de l’annonce de l’adaptation en octobre 2011, une vingtaine d’éditeurs du monde entier se sont d’emblée montrés intéressés, dont plusieurs éditeurs suédois. Après, ce qui se concrétisera au final, c’est encore un peu tôt pour le dire. Mais évidemment, nous aimerions au plus haut point que notre version soit publiée en Suède !

Et pour vous faire saliver, voici un autre extrait du tome 1 avec Lisbeth Salander, Dragan Armanskij et Dirch Frode :

copyrigth : Runberg/Homs/Dupuis

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